Suivez mon regard d’Anjelica Huston

Les souvenirs d’Anjelica Huston sont nombreux, et c’est sous forme autobiographique qu’elle nous les livre, soigneusement contés en deux parties.

 

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Editions de l’Olivier, 2015

Anjelica possède une mémoire incroyablement précise des années soixante-dix à aujourd’hui. Elle évoque le show-business, sa culture et ses codes, qu’elle nous expose sans complaisance, au cours de ses séjours à travers les plus belles villes du monde.

Les dîners sont mondains, les fêtes alcoolisées et la drogue est consommée avec régularité, les couples se font au gré des coups de cœur, les rencontres s’enchaînent. Les noms des célébrités et des lieux mythiques se succèdent frénétiquement au rythme de cette vie à part, du studio 54 à la station d’hiver d’Aspen, elle rencontre toutes les personnalités glamour de son époque, de Marianne Faithfull à Michael Jackson, de Roman Polanski à Cher.

Ce n’est pas un livre sur le cinéma, mais plus globalement sur le milieu du cinéma. Etre la fille du monstre sacré John Huston, c’est se construire quotidiennement dans cet environnement artistique et mondain.

La substance particulière de ces Mémoires, c’est la grande sensibilité de son auteure, très tôt marquée par ses souvenirs de famille, qui brosse très jeune des portraits intuitifs de tous ceux qu’elle croise.

Elle décrit ses parents, beaux, charismatiques, au centre de son univers. Celui -ci est marqué par les dîners, les visites amicales, la présence des assistants et du personnel de maison, les longues promenades à cheval, et surtout les allers et retours paternels.

Anjelica grandit dans le manoir de St-Clerans, une demeure à la mesure de son père, souvent absent pour ses tournages longs et lointains.

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Avec son père John Huston, 1960

On y découvre son enfance préservée, aux côtés de sa mère Ricky et de son frère Tony, au cœur de cette Irlande sauvage où la nature domine. Anjelica y reçoit une éducation privilégiée, aristocratique, rythmée par les leçons, l’équitation, et les confrontations avec cette figure paternelle écrasante.

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Lorsqu’elle déménage avec sa mère et son frère à Londres, elle découvre le Swinging London des sixties, l’éclosion de la musique pop, de la mode et de la liberté individuelle.

Après une adolescence tumultueuse, marquée par la séparation de ses parents, et la naissance de ses demi-frère et sœur, elle vit alors un drame personnel terrifiant lorsque sa mère décède dans un accident de voiture à l’âge de 39 ans.

Peu à peu, elle qui a peu confiance en elle, après avoir livré à reculons sa première performance de comédienne dans un film de son père, elle s’épanouira pourtant sous les objectifs des plus grands noms de la photographie de mode : David Bailey, Richard Avedon, Herb Ritts. Elle aura une longue liaison compliquée avec Bob Richardson, photographe bipolaire et schizophrène, à l’issue de laquelle elle retrouvera son père en Californie. C’est là qu’elle rencontre Jack Nicholson, et qu’elle se lance avec ténacité dans une carrière de comédienne.

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Photographe Paolo Barbieri, Robe Valentino, 1972

Les souvenirs d’Anjelica sont peuplés de rencontres diverses avec les légendes du show business de son époque. On découvre à travers ses yeux cette vie pailletées, rythmée par les fêtes et les tournages. Cependant jamais cette jeune femme n’apparaît franchement heureuse. Empreinte d’un grand sens de l’observation, qui donne peut-être tout son sens au titre de son livre, elle décrit les hommes de sa vie comme des entités égocentriques et dysfonctionnels, ravageant les femmes qui se heurtent à leurs égos survoltés.

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Anjelica avec Jack Nicholson

Lorsqu’elle décroche ses rôles clés dans des films qui rencontrent un grand succès, c’est un soulagement de la voir s’affirmer dans un milieu professionnel difficile d’accès, même pour une enfant du sérail. Anjelica marque aussi l’histoire du cinéma, différemment de son père, en étant une actrice et une réalisatrice populaire et sincère. Elle décrochera l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour sa prestation de Maerose Prizzi dans le film de son père en 1986 L’honneur des prizzi. Elle accèdera à la popularité en incarnant l’inoubliable Morticia dans La Famille Addams en 1991.

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Anjelica a dîné,dansé, flirté, tourné et posé avec les plus grands noms du milieu artistique des années soixante à aujourd’hui et elle a travaillé avec les plus grands réalisateurs. De son père John Huston, à Milos Forman, de Rob Reiner à Wes Anderson, de Barry Sonnenfeld à Woody Allen, de Vincent Gallo à Sean Penn, ils ont tous succombé à son charme unique.

Publiés en deux tomes aux Etats-Unis, son éditeur Olivier Cohen propose un seul volume pour le public français. Le style de l’actrice est simple, et son récit ne tombe jamais dans le ragot hollywoodien ou le règlement de compte. Il se lit comme un roman, qui tour à tour intrigue par la description de cette saga familiale, émeut par les confessions de cette femme malmenée par les hommes, touche par son esprit bohème et idéaliste.

Il assouvit notre curiosité pour le monde des people puisqu’elle évoque l’intimité des stars qu’elle a côtoyées et les influences qu’elles ont eu dans sa vie. Avant de parler d’elle, l’actrice nous parle minutieusement de son père John, de sa personnalité ingérable, de son talent. Plus tard elle décrit les portraits psychologiques des hommes avec qui elle entretient des relations sentimentales. En livrant ses ressentis, ses émotions, elle nous apparaît avec ses failles bien humaines, à l’opposé de cette image véhiculée par les shootings de mode. Dotée également d’un fort caractère elle se donne les moyens de se reconstruire. Elle puise au fond d’elle la force dans les souvenirs émus de son enfance à St Clerans, dont la solidité de la demeure semble réparer symboliquement les absences parentales.

John and Anjelica Huston

Déjà l’enfant hypersensible décrit son adoration et son angoisse muette face à ce père cultivé et exigeant. Elle évoque aussi sa mère Ricky, jeune danseuse qui sacrifie sa vie professionnelle pour devenir une épouse et une mère.

En lisant la vie d’Anjelica Huston, on découvre les états d’âme d’une femme face aux épreuves de la vie. Malgré le décors d’une famille aristocratique et d’une vie hollywoodienne aisée, la psychologie et les émotions de l’actrice sont empreintes d’un réalisme touchant. Ses relations avec son père et la perte brutale de sa mère la marquent irrémédiablement au fer rouge. En cela Anjelica se rapproche de ses lecteurs, et bien que tout le monde ne bénéficie pas de son nom ni de son rang, elle est authentique dans ses questionnements sur le mariage, les enfants, la gestion d’une carrière, ses relations sentimentales, sur la place qu’elle s’autorise à occuper dans cette vie.

Elle a réalisé deux films, et confie avoir eu d’autres projets qui n’ont pas vu le jour. On devine qu’il ne s’agit pas de ses capacités, plutôt une histoire de financements, de production. Dans une interview pour Télérama, elle confie avoir apporté à des producteurs un livre pour l’adapter au cinéma, ils ne la rappellent pas, elle apprend que le projet est confié à Clint Eastwood, il s’agit de Million Dollar Baby.

Son livre, il est écrit comme le récit d’un personnage qui traverse plusieurs époques, de la libération des moeurs à l’aube des sixties, aux premières terreurs ressenties face à l’épidémie du sida dans les années quatre-vingt. On assiste avec elle à l’évolution des sociétés, on découvre les noms des stars qui défilent dans sa vie sans discontinuer, on s’inquiète de ses histoires de coeur, on découvre sa carrière spectaculaire.

A Hollywood, les sagas familiales se confondent avec l’industrie du cinéma. Anjelica Huston nous confie une partie de ces tranches de vie romanesques, hors du commun, scintillantes et vulnérables.

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Anjelica Huston et Jerry Hall